Comment entretenir une dynamique et construire un mouvement en temps de crise

Écrit par Valerie Khan, Group Development Pakistan

Ce guide a été rédigé en 2020 en réponse à la pandémie de COVID-19.

Certaines des informations ne seront pas aussi pertinentes pour la situation actuelle, mais nous pensons que ce guide offre des conseils utiles aux défenseur·euse·s des DSSR.

Pouvez-vous décrire dans quel contexte de travail vous avez appris à entretenir une dynamique et construire un mouvement en temps de crise?

L’un de nos principaux axes de travail est la prévention du mariage d’enfants, que nous considérons comme une forme d’agression sexuelle sur mineur. Nous militons pour une réforme politique et juridique, assurons la représentation juridique lors d’affaires emblématiques, soutenons les évolutions progressistes au sein des communautés et militons pour relever l’âge du mariage, avec des arguments fondés à la fois sur des données et des textes relavant des domaines de la santé, de l’intérêt social, des droits humains et de la religion. Durant le confinement, nous avons dû composer avec les restrictions de déplacement et des difficultés personnelles, mais nous avons également trouvé des opportunités de faire progresser notre plaidoyer dans ces circonstances inédites et exceptionnelles.

Qu’avez-vous appris sur les défis qui attendent les activistes dans une telle situation?

Le basculement rapide d’une organisation de développement à une organisation de réponse à l’urgence a été riche en défis logistiques et humains, comme nous nous y attendions. En revanche, le gouvernement s’étant trouvé débordé par la crise, son contrôle sur les organisations non gouvernementales (ONG) s’est relâché, ce qui nous a laissé davantage de liberté stratégique et ouvert un plus grand secteur d’activité. Par ailleurs, dans l’espoir d’être perçues comme efficaces sur le front du COVID-19, les autorités se sont montrées plus réceptives à nos contributions et à des synergies : la porte est donc ouverte pour faire changer les choses plus rapidement. Nous comptons analyser et partager ce que nous avons appris grâce à notre partenariat avec les réseaux et alliances Girls Not Brides (GNB).

Comment avez-vous abordé ces défis – et avec quels résultats?

Nous télétravaillons ; nous avons étendu nos systèmes de télécommunication et mis en place les consignes sanitaires COVID-19 (par exemple, pour venir en aide aux fugitif·ve·s qui se sont soustrait·e·s à un mariage d’enfants). Grâce à internet, nous avons relié des leaders communautaires et des femmes à notre système de suivi des risques. Nous alimentons le plaidoyer de GNB en données reflétant la recrudescence des violations des droits et de la santé sexuels et reproductifs (DSSR) liée au COVID-19, et les partageons largement. Le confinement a conduit le gouvernement et le judiciaire à mettre en place les « audiences virtuelles » que nous recommandions pour les affaires d’abus sexuels sur mineur. Nous avons proposé des formations aux VBG aux agents gouvernementaux et avons renforcé notre participation aux déclarations publiques clé, par exemple sur la base de la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant et de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Pourriez-vous nous en dire plus sur les défis qu’ont rencontrés vos activistes dans une telle situation?

  • L’afflux soudain de demandes de nos bailleurs, avec des questions, de nouveaux formats et des ajustements opérationnels d’urgence. Mais parallèlement, les bailleurs se sont montrés ouverts aux discussions et à l’adaptation.
  • Le besoin de maîtriser des informations fiables, vérifiées par l’OMS, et de les transmettre à une population majoritairement illettrée dont les coutumes sociales sont radicalement opposées à la distanciation.
  • Le besoin de réorganiser nos réunions et nos interactions avec les communautés sous une forme totalement différente, alors que la tenue vestimentaire est un élément essentiel de communication non verbale.
  • Il est crucial de rester positif·ve quelle que soit l’ampleur des défis.

Quelles ont été les principales leçons de cette expérience pour vos activistes?

Maximiser les opportunités naissantes chaque fois que possible, comme décrit plus haut. Par ailleurs, le télétravail a été un défi, du fait que la famille reste la priorité à la maison et que l’environnement domestique dans notre culture ne permet pas toujours de s’isoler pour travailler dans le calme. Nous avons amélioré nos mécanismes de signalement et de remontée d’information au niveau des communautés, et renforcé le rôle des personnalités locales (hommes et femmes) en tant que relais entre nous et nos bénéficiaires, même lorsque l’interaction physique est limitée. Ainsi, nous avons maintenu un réseau de soutien efficace au niveau local et un mécanisme de signalement des enfants en danger.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui serait dans une situation similaire?

  • Gardez le contact avec vos réseaux et communautés en période trouble.
  • Reconnaissez les difficultés auxquelles vos collaborateur·rice·s doivent faire face en temps de crise, et tenez compte de leurs besoins individuels. Dans notre cas, l’esprit d’équipe s’est révélé essentiel pour entretenir la motivation et l’efficacité. Tous les matins ouvrables, nous organisons des réunions de début de journée en ligne.
  • Faites preuve de créativité pour soutenir psychologiquement et socialement votre équipe, qui fait face à de multiples sources de stress.
  • Soyez réceptif·ve aux nouvelles opportunités imprévues qu’un changement de circonstances pourrait faire apparaître.

Vos activistes ont-ils/elles eu recours à des ressources externes qui les ont aidé·e·s à surmonter ces défis, et que vous recommanderiez à d’autres organisations?

Nous aimerions avoir de vos nouvelles:

Ce guide vous a-t-il été utile ? Est-il facile à comprendre ? Avez-vous utilisé ces conseils et obtenu des résultats ? Veuillez partager vos réflexions avec nous dans la section Aider et Contribuer, ci-dessous.

Valerie Khan, Group Development Pakistan

Valerie Khan est une professionnelle du développement et activiste des droits humains forte de plus de 20 ans d’expérience dans la région Association Sud-Asiatique pour la Coopération Régionale (ASACR) (notamment au Pakistan). Spécialiste de la protection de l’enfance (avec une expertise particulière de la violence envers les enfants, notamment le mariage d’enfants et abus sexuel et exploitation sexuelle de l’enfant), de la justice pour enfants, des droits des femmes et des enjeux de genre (en particulier les pires formes de violences basées sur le genre, dont les crimes « d’honneur » et les violences par acide/brûlure), elle privilégie le renforcement de capacités ainsi que les réformes juridiques et politiques basées sur des données probantes.

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